Prendre son pied

 

Expression miracle des jouisseurs contemporains, mot de passe de toute une génération qui a voulu lever tous les tabous. Le mot a littéralement explosé dans l’usage après l’année 1968 et dure parmi les groupes de jeunes, mais il est loin d’être récent. En fait, il avait déjà une longue carrière derrière lui au sens exclusif de « jouissance sexuelle ». déjà en 1936 le célèbre écrivain Louis Ferdinand Céline l’emploie dans Mort à crédit.

Cependant son existence attestée dès 1920 semble avoir été d’abord réduite à des communautés d’argotiers parisiens, noctambules affirmés et clients plus ou moins réguliers des maisons closes, lesquelles étaient des points de rencontre entre le « milieu » et le grand public. C’est en effet dans le monde des truands que le « pied » a pris naissance. Son étymologie est le pied, ancienne mesure de 33 cm et il désignait, dès le 19ème siècle, la « mesure », c’est-à-dire la part qui revient à chaque voleur dans le partage du butin. Par exemple l’expression « J’en ai mon pied. » signifiait « J’en ai assez, ou plus qu’assez. ».

Dès le début du 20ème siècle l’expression « y a du pied » voulait dire qu’il y avait de bonnes choses en perspective, du plaisir. Prendre son pied, c’est donc « prendre sa part »

 

Claude Duneton (La puce à l'oreille)