Porter un toast

 

 

Il faut écrire "porter un toste"

 

Boire à la santé du voisin est vraisemblablement l’une des plus anciennes formes de convivialité. Les Grecs présentaient déjà la coupe à leurs amis en disant : « Voilà pour toi ! », probablement par imitation et parodies des offrandes faites aux dieux lors des cérémonies religieuses. Les Romains épelaient le nom de leur maîtresse en buvant un verre rempli à ras bord à chaque lettre ! Ces habitués des orgies récitaient aussi une curieuse formule : « Bene vos, bene nos, bene te, bene me, bene nostrum etian stephanium. » Cette formule est certainement à l’origine de notre expression : « A la tienne, Etienne, à la tienne mon vieux » quand on sait que mot « Etienne » est la traduction du mot d’origine grecque « stephanium ».

 

Quant au toste, c’est un mot français emprunté par les Anglais, il n’y a donc aucune raison de l’écrire comme s’il était d’origine anglaise. Le mot désigne avant tout un morceau de pain rôti que l’on mangeait en buvant, et cette habitude a duré plus longtemps chez les anglais que chez les français. Toujours est-il qu’au 18ème siècle, quand les britanniques portaient la santé à une dame, la chope qui passait de convive en convive contenait effectivement un morceau de pain grillé, devenu le symbole de la dame elle-même. L’auteur du vœu le mangeait en dernier ressort. Après son séjour en Angleterre, Voltaire explique : « les anglais boivent à l’honneur des dames : c’est ce qu’ils appellent toster . » Quand nous avons « récupéré » ce mot nous l’avons cru anglais et l’avons déformé en « toast »

 

Claude Duneton (La puce à l'oreille)